Sophie Davis, Catherine Focas

laDiasporaGrecqueEn masse: 200000 Grecs de moins de 35 ans sont partis depuis le début de la crise en 2010. Et pas n’importe lesquels: la nation hellène perd ses «esprits les plus jeunes, les meilleurs et les plus intelligents». Parmi les émigrés, 88% ont un titre universitaire. Les choses ne devraient pas s’arranger: 35000 Grecs étudient actuellement à l’étranger et deux tiers d’entre eux ne veulent pas retourner au pays.
Financiers, avocats, informaticiens, médecins, ils s’exilent. La plupart visent la Grande-Bretagne, l’Allemagne, les Etats-Unis. Les premiers partiraient plutôt dans les pays anglo-saxons. Le corps médical privilégie le nord de l’Europe. Plus de 7340 médecins ont émigré depuis le début de la crise, dont près de la moitié en Allemagne, ce qui fait de la patrie d’Hippocrate le plus gros exportateur de médecins au monde.

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1 Response to Sophie Davis, Catherine Focas

  1. shinichi says:

    La Grèce dévastée par la fuite de ses cerveaux

    La nation hellène voit les forces intellectuelles formées dans ses universités s’exiler massivement, en quête d’un meilleur avenir. Beaucoup partent en Suisse

    par Sophie Davis et Catherine Focas

    Tribune de Genève

    http://www.tdg.ch/economie/argentfinances/grece-devastee-fuite-cerveaux/story/26894818

    «Philotimo». Ce terme grec serait impossible à traduire dans une autre langue. Il incarnerait un mélange entre loyauté, fierté, amour, une concentration de valeurs positives. «Il lie les Grecs de la diaspora avec leur pays d’origine. Il explique l’ethos grec, le devoir que chaque Grec ressent vis-à-vis de son pays. Toute ma vie, j’ai vécu pour ce mot», confie George Koukis, un homme d’affaires vivant à Genève et qui a fondé Temenos, la principale entreprise de logiciels bancaires du monde.

    George Koukis a quitté son pays en 1967, les militaires prenaient alors le pouvoir à Athènes, la dictature des colonels était lancée. «J’ai dû quitter la Grèce avec ma femme pour nous construire un avenir», dit-il. Pour Sydney, puis Hongkong, avant d’atterrir au bout du lac.

    Ses compatriotes, face à la crise, font comme lui: ils quittent le pays. En masse: 200000 Grecs de moins de 35 ans sont partis depuis le début de la crise en 2010, selon une étude du cabinet Endeavor. Et pas n’importe lesquels: la nation hellène perd ses «esprits les plus jeunes, les meilleurs et les plus intelligents», selon une enquête du European University Institute. Parmi les émigrés, 88% ont un titre universitaire. Les choses ne devraient pas s’arranger: 35000 compatriotes d’Ulysse étudient actuellement à l’étranger et deux tiers d’entre eux ne veulent pas retourner au pays, selon une troisième étude, du groupe Kappa Research.

    Financiers, avocats, informaticiens, médecins, ils s’exilent. La plupart visent la Grande-Bretagne, l’Allemagne, les Etats-Unis. Les premiers partiraient plutôt dans les pays anglo-saxons. Le corps médical privilégie le nord de l’Europe. Plus de 7340 médecins ont émigré depuis le début de la crise, dont près de la moitié en Allemagne, ce qui fait de la patrie d’Hippocrate le plus gros exportateur de médecins au monde, selon la presse hellénique.

    «Dans les années 2005-2006, on recevait deux à trois candidatures grecques pour une formation postgrade. Quand la crise est devenue manifeste, nous avons assisté à une immigration de masse. Vers 2009-2010, 40 à 50 dossiers de médecins grecs par an nous parvenaient», relève Panteleimon Giannakopoulos, qui a dirigé le service de psychiatrie générale aux HUG jusqu’à la fin de 2014. Les HUG employaient alors 81 collaborateurs grecs (dont 79 médecins), contre une trentaine en 2009. Quant au CHUV, il recense actuellement 99 salariés grecs (dont 87 médecins), contre 46 en 2010. Ces développements sont encore plus spectaculaires que celui de la communauté hellène en général en Suisse (voir infographie).

    Plusieurs Grecs – comme les professeurs Leonidas Zografos, chef de service de la Clinique ophtalmologique de Lausanne, Stylianos Antonarakis, chef du Service de la médecine génétique aux HUG, Anastase Spiliopoulos, chirurgien à la clinique des Grangettes – se sont forgé une réputation internationale dans leur domaine.

    La pénurie de médecins en Europe accélère ces flux. Alexandra, médecin-anesthésiste au Metaxa cancer hospital du Pirée, a été conviée en 2009 à une réunion de chasseurs de têtes dans un grand hôtel athénien où on lui a proposé un salaire correspondant à quelque 180000 euros par an, alors qu’elle gagnait 45000 euros net en Grèce. La doctoresse, qui a décliné ces offres, dit recevoir encore aujourd’hui à intervalles réguliers des e-mails et des coups de fil, en vue d’un engagement à l’international. «Il n’y a plus un seul jeune médecin qui reste en Grèce, dit-elle. Ils partent tous travailler à l’étranger.»

    «Cette fuite des cerveaux est une des pires choses qui arrivent à la Grèce. C’est comme si un bateau se vidait de ses radars. Le pays aura besoin de deux générations, donc quarante?ans, pour s’en remettre», selon George Koukis. «L’émigration des personnes très qualifiées est un problème majeur pour le futur de la Grèce. Former des élites pour qu’elles partent est un gigantesque gaspillage qui pénalisera durement la Grèce», renchérit Charles Wyplosz, professeur d’économie au Graduate Institute de Genève.

    «La majorité des Grecs reste ici, c’est précieux pour le système suisse. Mais cette fuite des cerveaux marque une évolution irréversible pour la Grèce, qui ne va pas les récupérer. La Grèce et l’Europe vont peut-être trouver un accord dans les jours qui viennent, mais la crise ne sera pas résolue pour autant», estime Panteleimon Giannakopoulos.

    L’Attique, la région qui entoure Athènes, est la zone en Europe qui a connu le plus important déclin démographique entre 2008 et 2013, selon l’agence continentale de statistiques Eurostat. La Grèce se vide, même si elle fait actuellement face à un afflux de cols bleus démunis albanais, afghans et syriens.

    Le contraste avec les cols blancs de la diaspora est saisissant. George Koukis a fait fortune avec Temenos. La famille Latsis, liée à Genève, posséderait des biens fonciers d’un milliard de francs. Affidea, le géant de la radiologie qui croît en Suisse, est dirigé par un Grec vivant en Hongrie. La crainte d’une faillite bancaire au pays pousse les membres de la diaspora à placer leur argent ailleurs: 70 milliards d’euros auraient été transférés vers d’autres pays de la zone euro ces derniers mois, selon le Financial Times.

    La diaspora grecque serait constituée de sept millions de membres, qui conserveraient pour la plupart des liens étroits avec la mère patrie. George Koukis dit y avoir des «affaires privées empêtrées par les taxes exorbitantes du pays» qu’il n’abandonne pas car elles fournissent du travail à ses proches.

    Selon lui, ce sont les leaders politiques de ces soixante dernières années – corrompus, égoïstes, incompétents – qui ont détruit le pays. «L’argent a substitué le philotimo dans le cœur de nos politiciens, ce qui explique pourquoi il y a tant de problèmes aujourd’hui», conclut le Grec.

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