Bénédicte Champenois-Rousseau

Ce n’est pas normal que l’excellence soit associée à l’image du costard, que « l’homme de l’année » ne soit presque jamais une femme en couverture des magazines etc…

Le sujet semble vieux comme le monde, et pourtant en 2015, la situation n’a toujours pas été résolue : la différence entre hommes et femmes, dans les milieux professionnels, est une réalité qui touche une grande majorité des secteurs de l’industrie. Dans l’écosystème de l’entrepreneuriat et du numérique, ce fossé est encore plus vaste.

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One Response to Bénédicte Champenois-Rousseau

  1. shinichi says:

    « Ce n’est pas normal que l’excellence soit associée à l’image du costard »

    Entretien avec Bénédicte Champenois-Rousseau, présidente d’HEC au féminin.

    propos recueillis par Ivanhoé Govoroff

    http://lesclesdedemain.lemonde.fr/business/-ce-n-est-pas-normal-que-l-excellence-soit-associee-a-l-image-du-costard-_a-56-5209.html

    Comment est née l’initiative HEC au féminin ?

    Bénédicte Champenois-Rousseau : En 2001, inspirée des clubs féminins des grandes universités américaines. L’idée était de savoir si ce genre d’initiative était souhaitable en France. Les organisateurs ont donc décidé d’envoyer un email aux femmes issues d’HEC pour les inviter à prendre part à l’aventure. A leur grande surprise, les réponses ont été beaucoup plus nombreuses qu’imaginées. Ils en attendaient une cinquantaine, ils en ont comptées quatre fois plus.

    Et en 2007 a suivi la création du prix Trajectoires…

    BCR : Entre 2001 et 2007 se sont mis en place des ateliers très spécifiques, qui rassemblaient entre 20 et 30 personnes. Une newsletter trimestrielle a été éditée et des conférences autour de grands témoins organisées. Les sujets abordés étaient très précis, soulevant des questions sur « comment bien négocier son salaire » ou « comment prendre une décision » par exemple. Le  prix Trajectoires créé en 2007 a apporté une dimension nouvelle, celle de « montrer ce qui était possible ». Il s’agit vraiment, avec cette initiative, de montrer aux femmes que l’accomplissement professionnel est possible au-delà de tous les clichés qui peuvent être véhiculés. Le prix Trajectoires tend à donner plus de visibilité à ces femmes dont le succès peut servir de modèle positif et inciter les autres à sortir des sentiers battus.

    Cinq ans plus tard, le prix Trajectoires s’est développé avec la catégorie « jeune pousse », c’est plus difficile pour une femme de choisir la voie de l’entrepreneuriat ?

    BCR : Dans les promotions d’HEC, on a moins de femmes qui entreprennent que d’hommes. Mais surtout, elles ne le font pas pour les mêmes raisons. L’année dernière nous avons mené une étude mettant en avant cette différence. En majorité, les femmes entreprennent pour être leur propre patron et s’affranchir de la hiérarchie, alors que les hommes sont plus enclins à créer une entreprise pour la revendre ensuite à un grand groupe. Après, je pense que jouer sur le discours pour équilibrer la balance ne suffit pas, les femmes se heurtent encore à des stéréotypes culturels et sociétaux, qui ajoutent des contraintes dans la construction des carrières des femmes.

    Certains grands groupes, notamment au coeur de la Silicon Valley tentent plusieurs choses pour essayer d’attirer ou de retenir les femmes, notamment dans le monde de l’IT. On pense par exemple à Facebook qui propose à ses employées, de congeler leurs ovocytes pour pouvoir se consacrer à leur vie professionnelle sans se soucier de voir l’horloge biologique tourner…

    BCR : C’est un terrain dangereux… Pour moi la démarche n’est pas la bonne, ils rappellent justement que le seul destin valable c’est d’être mère, au lieu de se dire que les femmes peuvent gérer leur carrière professionnelle aussi bien que les hommes. Et puis de toute façon c’est une fausse réponse, complètement anecdotique car quasiment impossible à mettre en place en dehors des géants de la Silicon Valley comme Facebook. Ça coûte extrêmement cher à mettre en place et cela ne serait pas autorisé dans bon nombre de pays, la France inclue.

    Quelle serait la solution alors ?

    BCR : C’est bien avant l’entrée dans le monde professionnel qu’il faut agir. Dès l’école primaire, il faut apprendre le code informatique aux petites filles, comme un jeu. Proposer des filières plus larges également, moins spécifiques pour attirer les filles. On a, par exemple, bien plus de filles à HEC qu’en Math Sup…

    De nombreux événement, en particulier dans le numérique, mettent en avant les femmes (Trophées Excellencia, Journée de la femme digitale). Leur multiplication ne risque-t-elle pas d’entraîner une saturation du public, et donc d’obtenir l’effet inverse de celui escompté ?

    BCR : C’est un risque en effet et nous nous sommes posés la question. Mais nous sommes également rapidement tombés d’accord sur le fait que c’est absolument nécessaire de continuer à multiplier les événements. Il y a un tel manque de reconnaissance que nous avons besoins de ces initiatives. Ce n’est pas normal que l’excellence soit associée à l’image du costard, que « l’homme de l’année » ne soit presque jamais une femme en couverture des magazines etc… On le voit chaque année devant l’engouement de l’assistance, il y a une réelle nécessité de continuer à véhiculer ce message. Il y a encore tellement de travail à faire. Ça fait quinze ans qu’on entend parler du sujet et pourtant on est encore loin du compte, même si les choses tendent à s’améliorer…

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