北野武

まあ、人生を楽しみたかったら他人に期待しすぎちゃいけないよね。天も国も政府も頼りすぎちゃいけない。ささやかな幸せを確保するのにもめちゃくちゃ努力しなきゃだめだよ。生半可なことじゃないよ。道には罠がいっぱい仕掛けられてるんだから。

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2 Responses to 北野武

  1. shinichi says:

    Kitano par Kitano──北野武による「たけし」

    http://www.hayakawa-online.co.jp/product/books/90380.html

    by ミシェル・テマン(Michel Temman)

    translated by 松本百合子

    あのたけしが外国人ジャーナリストに本音を激白。 大反響を呼んだベストセラー!
    コメディアンとしての出発から、テレビの顔、俳優、そして日本を代表する映画監督となるまで――。多面体「世界のキタノ」の本音に、フランスの敏腕ジャーナリストが5年越しの取材で迫る。生い立ちとエンターテインメントへの憧れ、亡き師匠との思い出、自作映画の解題、バイク事故で生死の境をさ迷った時の感慨、日本に対する思いまで、ひとりの「天才」の栄光と挫折を引き出した名インタビュー。

  2. shinichi says:

    Des extraits de «Kitano par Kitano»

    BIBLIOBS

    Le Nouvel Observateur

    http://bibliobs.nouvelobs.com/documents/20100309.BIB0217/des-extraits-de-kitano-par-kitano.html

    Une enfance chez les « yakuza »

    C’est à l’est de Tokyo, dans un quartier d’ouvriers, d’artisans, de charpentiers, que j’ai grandi. A Senju et Umeda précisément, des quartiers populaires, très pauvres. On aurait dit le Harlem de New York, à ses heures les plus sombres. Par endroits, Umeda était encore, après 1945, un vaste assemblage de tôles […]. Les conditions de vie étaient pitoyables et mon enfance, disons… difficile. […]

    [Mon père] gagnait difficilement sa vie, même en cumulant divers petits boulots. Aussi, ce n’était guère un secret pour nous, nous savions que, sans être un mafieux professionnel, des petites frappes, des yakuza du quartier, lui proposaient de travailler pour eux. Il acceptait, peut-être pour arrondir nos fins de mois. Notre famille, comme d’autres, était entourée de yakuza. […]

    Souvent, il venait de passer des heures à jouer au pachinko [machines à sous très répandues au Japon]. Il avait bien sûr perdu ses maigres gains de la veille. Il se mettait alors à boire et la situation dégénérait aussitôt avec ma mère. Il se montrait très violent, il la battait, lui donnait des coups de poing. Quand il ne frappait pas sa propre mère ! […] Parfois, après des disputes familiales, à peine honteux, il pouvait disparaître de la maison des journées entières, sans qu’on sache où il était. Nos problèmes étaient bien le dernier de ses soucis. C’était un homme faible. […]

    Profession : pitre

    En 1972, j’étais un jeune type fauché, vraiment sans un sou. Je m’ennuyais sur les bancs de l’Université Meiji. J’avais 25 ans et un seul rêve en tête : devenir comédien. Spécialité : acteur comique. […] A ce moment-là, au début des années 1970, il n’y a qu’un seul endroit, à Tokyo, où je puisse espérer réaliser mon rêve : c’est Asakusa, dont je connais toutes les ruelles et venelles, les moindres artères, bon nombre de commerçants, toutes les salles de spectacle.

    [Takeshi Kitano monte un duo comique, dans un genre satirique appelé « manzai », qui connaît un succès grandissant.]

    Après mes années à Asakusa, je suis donc devenu un comédien populaire à la télévision, le manzai était de plus en plus prisé sur le petit écran. Avec Jiro san [son complice], nous avons été repérés et engagés, en 1974, par Ota Pro, une agence de production, dont les responsables avaient adoré nos spectacles. Ils nous ont ainsi engagé sans hésiter, ni pinailler sur les conditions. Ils nous ont confié l’animation d’un talk-show : « Rival daibakusho » (« Les gros rires hilares des comédiens rivaux »). C’était ma première véritable expérience, inoubliable, sur un plateau de télé. Beat Takeshi était désormais, définitivement, mon nom de scène. J’ai commencé à faire le pitre au petit écran et, vous voyez, je ne me suis plus jamais arrêté. Aujourd’hui encore, je parade sur les chaînes. […]

    La télévision m’offre une réelle liberté, surtout comme cinéaste. Si mon prochain film fait un bide, je ne suis pas pris à la gorge. Grâce à la télévision, je peux alterner les genres et prendre le temps de travailler sur une aventure au cinéma qui me tient à cœur. Car financièrement parlant, la plupart de mes films ne me rapportent souvent quasiment rien […]. Je tire ma fortune de mes apparitions télévisées. J’apparais chaque jour, quasiment sans interruption, presque toute l’année, sur les plateaux de nombreuses chaînes de télévision privées. Je ne suis jamais fatigué. Toutes ces émissions, je les anime avec plaisir. Il est vrai, aussi, que je ressens une vraie addiction au travail. Impossible de m’arrêter. La télévision est une drogue qui me permet de ne jamais être angoissé. […]

    « Je ne connais pas bien le cinéma »

    Je me suis imposé comme acteur, à 36 ans, en 1983 dans « Furyo », une importante production de Nagisa Oshima. L’histoire se déroule en Indonésie, sur l’île de Java, en 1942, dans un camp de prisonniers de soldats anglais détenus par des soldats japonais sûrs de ce qu’ils prennent pour leur bon droit d’occupants. Ce film a eu, dès sa sortie sur les écrans, un fort retentissement dans de nombreux pays. Qu’on me propose un rôle dans ce film fut pour moi une vraie surprise. Tout est allé très vite. […]

    « Violent Cop » (1989) fut mon tout premier et vrai défi au grand écran. C’est peu dire que sa réalisation a été rocambolesque. Quand je me suis attelé à ce film, c’était à l’époque un pari extrêmement risqué. Je jouais comme acteur depuis un certain moment mais je n’avais jamais réalisé de long métrage, tout seul. […] Le résultat, le film en tant que tel, à mon avis, est mitigé. C’est un film raide. J’étais assez nerveux au moment de le réaliser. […]

    Dans mes premiers films, j’avais envie de faire l’éloge de ceux que la société contemporaine néglige. Je veux parler de ces individus décalés, marginalisés, trop facilement, trop simplement mis de côté, sans se poser de questions, un peu comme on balaie le pas de la porte. […]

    Cela pourra paraître curieux à certains mais je ne connais pas bien le cinéma. Je ne connais ni son histoire ni ses réalisateurs. Je n’ai jamais étudié le cinéma dans une école, voire dans des livres. […] Je suis un autodidacte, quelqu’un qui a appris sur le tas. […] Je n’ai pas vu tant de films que ça. Même ceux d’Akira Kurosawa, je ne les ai pas tous vus. Et c’est vraiment parce qu’en Europe les journalistes m’interviewaient sur lui et sur ses films que je me suis senti obligé, finalement, d’en voir en rentrant au pays !

    L’accident

    […] J’ai eu mon accident, un an avant la sortie de « Getting Any ? ». Le 2 août 1994. Apprécié par la critique européenne et anglo-saxonne, mon précédent film, « Sonatine », avait été descendu au Japon par certains journaux et chroniqueurs influents. L’accueil réservé à « Getting Any ? » était bien plus féroce encore, et m’a blessé. Profondément triste et perplexe, j’ai sombré dans la dépression.

    Avec le recul, je crois également que j’étais épuisé, surchargé de travail, énervé, laminé par un excès de projets. J’avais l’impression de tourner en rond, d’être incapable de me renouveler. Je reproduisais des schémas créatifs déjà utilisés par le passé. J’étais en quête de nouveauté et d’air frais. Je cherchais du neuf chez les autres, mais je ne trouvais rien. Petit à petit, j’ai atteint un seuil critique. Un état extrême. La suite, cela se passe cette nuit-là sur mon scooter. L’accident, la chute…

    Je n’ai pas de souvenirs précis de l’accident. Tout est allé si vite. Ce dont je me souviens, c’est que le soir précédant l’accident, j’étais dans un izakaya [une brasserie populaire], entouré d’amis. C’était aussi un moment de ma vie où j’étais assez souvent coursé par des paparazzis. Alors, pour les semer, je n’hésitais pas à utiliser mon deux-roues. Cette nuit-là, j’étais parti à un rencard, à trois heures du matin, puis ce fut l’accident. Je me suis écrasé contre une rambarde. On m’a retrouvé si défiguré, le visage si amoché que, d’après ce qu’on m’a dit, les docteurs avaient conclu que c’était comme si j’avais roulé volontairement, désespérément, vers la mort, comme si j’avais accéléré sans jamais utiliser les freins, comme si je m’étais tiré une balle dans la tête. Je n’en suis plus tout à fait certain, mais un instant avant le choc fatal, j’ai peut-être crié « Go ! », et foncé. Il me semble que je n’avais pas bien attaché mon casque demi-bol. Ma tête a fini encastrée dans l’acier de Tokyo.

    On m’a récupéré en piteux état. Couvert de sang. La tête en morceaux. Avec de multiples fractures. J’étais totalement défiguré, mon visage à moitié broyé. J’avais la mâchoire brisée et plusieurs fractures crâniennes. Un œil avait été atteint. Je n’étais pas beau à voir. […]

    J’ai survécu, mais j’ai gardé de cet accident de nombreuses séquelles. Quand j’ai quitté l’hôpital, j’ai compris que je devais accepter l’idée que la partie droite de mon visage reste à jamais quasi paralysée, qu’il me faudrait vivre avec ce nouveau visage. Au fil des semaines, j’ai réalisé que je n’étais plus le même. L’accident avait bouleversé beaucoup de choses en moi, pas seulement d’un point de vue moteur : le mental en avait aussi pris un coup. […]

    Je dois désormais prendre soin de mes troubles physiques qui sont devenus une part de ma vie. Jusqu’au cinéma. L’accident a évidemment modifié complètement mon jeu en tant qu’acteur. A cause de l’accident, il m’a fallu apprivoiser et maîtriser de nouvelles expressions faciales et corporelles. De plus, je boite légèrement, ayant une jambe un peu plus courte que l’autre.

    Et puis, à cause de la paralysie de la moitié de mon visage, je ne peux pas parler correctement. Il m’est impossible de bien prononcer certaines syllabes, par exemple « pa pi pu pe po », ou bien certains mots. Mais c’est comme ça. J’ai accepté tout cela et, malgré tout, je continue à travailler.

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