Fernando Pessoa

On s’habitue et c’est plus par routine qu’on aime que pour autre chose. Qu’est-ce que ça pourrait être d’autre ? Ensuite on s’attache, mais on s’attache autrement, et ce sont nos grands enfants qu’on épouse.
Certains pensent qu’on devrait les aimer pour ceci ou pour cela. Allons donc ! On ne sait pas pourquoi on aime. Quand on aime déjà on dit qu’on aime pour telle ou telle raison, mais seulement quand on aime déjà. Eux, ils pensent qu’on les aime parce qu’ils sont forts, ou parce qu’ils sont beaux, ou parce qu’ils ont les yeux bleus, ou quelque chose de ce genre. C’est un peu tout ça, monsieur le Président, et pas ça du tout.

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3 Responses to Fernando Pessoa

  1. shinichi says:

    Maris

    (p.31)

    “Contes, fables et autres fictions”

    par Fernando Pessoa


  2. shinichi says:

    Le savoir ? Le seul bonheur du savoir c’est l’ignorance, c’est l’inconscience de tout ce qu’on ne sait pas et qu’on ne saura jamais. Notre plaisir dans l’action vient de ce que nous ne mesurons jamais à quel point tout acte humain est radicalement limité et inutile.

    (p.149)

  3. shinichi says:

    L’esclavage peut être naturel, comme chez les peuples anciens, dont la conception du monde était simple et naturelle, ou artificiel, comme dans le monde moderne, où l’esclavage économique a remplacé l’esclavage social, et où l’homme est contraint de travailler non parce qu’il est fait prisonnier à cet effet, mais parce qu’il mourrait de faim s’il ne le faisait pas. Tout secours aux chômeurs, en tant que mouvement humanitaire, est, à l’instar de tant d’autres mouvements humanitaires, un crime social, parce qu’il représente une violation de la loi essentielle de la réduction à l’esclavage de ce qui est apte au travail.

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    Le pire chez les femmes, c’est le manque de courage. Pensez-vous qu’une femme sérieuse porte une jupe courte pour être à la mode – dans le secret de son âme ? Elle le fait pour attirer les hommes – ce qu’elle n’ose pas, c’est les laisser s’approcher. Y a-t-il une femme qui se coucherait pour être juste palpée des yeux ?

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    Le travail est le père de tous les vices. Seule l’oisiveté est pure. On dit que l’oisif vole, trompe, filoute. Mais il ne peut pas agir ainsi, car ce sont là des actions, et agir c’est ne pas être oisif.

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    L’homme qui vole ou trompe n’est qu’un impatient, il veut obtenir les choses rapidement.

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    Toute tentative sincère consistant à unir plaisir et solitude me paraît relever du domaine de l’aliénation mentale.

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    La différence entre un homme normal et un criminel est une différence de rythme vital.

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    Quand je vois le beau, j’aimerais être deux.

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    Si l’humanité suivait les règles chrétiennes elle disparaîtrait, parce que, si le mépris des biens et des choses de ce monde annihile la vie sociale, la chasteté annihile la perpétuation de l’espèce humaine elle-même.

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