Samuel Schellenberg

Des heures d’attente pour manger. Ces sept derniers jours, dans l’actualité helvétique, aux interminables queues de voitures devant les drive-in du leader mondial de la malbouffe ont succédé les images d’une longue file de quelque 2500 précaires, samedi à la patinoire de Vernets, à Genève. Des femmes et des hommes durement frappés par la situation économique liée au Covid-19, venus recevoir un sac de nourriture d’une valeur de 20 francs.

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2 Responses to Samuel Schellenberg

  1. shinichi says:

    Le ventre vide

    Samuel Schellenberg

    https://lecourrier.ch/2020/05/03/le-ventre-vide/

    Des heures d’attente pour manger. Ces sept derniers jours, dans l’actualité helvétique, aux interminables queues de voitures devant les drive-in du leader mondial de la malbouffe ont succédé les images d’une longue file de quelque 2500 précaires, samedi à la patinoire de Vernets, à Genève. Des femmes et des hommes durement frappés par la situation économique liée au Covid-19, venus recevoir un sac de nourriture d’une valeur de 20 francs.

    Si les processions motorisées auront donné la nausée aux partisans d’un futur qui ressemble le moins possible au passé, l’autre file rappelle abruptement que pour les plus nécessiteux, le moindre grain de sable dans l’engrenage rime avec décrochage. Même dans l’une des villes les plus riches du monde.

    «Cette crise a révélé une précarité invisible, sous le radar des institutions. Celle de familles qui s’en sortaient juste-juste et qui ont soudainement basculé dans la pauvreté», observe Alain Bolle, directeur du Centre social protestant, l’un des protagonistes de la distribution caritative organisée par l’association la Caravane de solidarité. Il s’agit le plus souvent de personnes qui occupent des fonctions essentielles pour le bon fonctionnement de nos sociétés, prenant soin d’enfants ou de personnes âgées. Un dénuement d’habitude caché sous le tapis, ou dans les combles d’une villa de diplomates.

    Ces personnes n’ont guère ému les autorités fédérales: elles ne sont pas concernées par les milliards prévus pour la relance économique, au prétexte que l’aide au secteur domestique est trop compliquée à mettre sur pied. Et au bout du lac, alors que le département du développement économique a lâché 100 000 francs pour assister les restaurateurs désireux de faire livrer leurs repas à domicile, ce sont des initiatives privées qui pallient l’absence de soutien nutritionnel étatique aux plus fragiles. En ce moment, le silence du Département de la cohésion sociale de Thierry Apothéloz est assourdissant.

    Aussi ce regain de pauvreté rappelle-t-il que l’opération Papyrus, qui a permis de régulariser 2000 personnes sans autorisation de séjour à Genève, devrait en réalité s’étendre à 8000 personnes supplémentaires. Une main-d’œuvre dont personne ne veut voir le visage, et dont les autorités n’ont que faire du ventre qui crie.

  2. shinichi says:

    Le nouveau visage de la pauvreté

    Plus de 2500 personnes ont fait la queue samedi pour obtenir un colis alimentaire. La crise du coronavirus a plongé de nombreuses familles dans la précarité.

    Mohamed Musadak

    https://lecourrier.ch/2020/05/03/le-nouveau-visage-de-la-pauvrete/

    Une queue de plusieurs centaines de mètres et environ trois heures d’attente pour un colis alimentaire d’une valeur de 20 francs ont jeté brutalement la lumière sur une nouvelle précarité à Genève. Plus de 2500 personnes se sont déplacées samedi à la patinoire des Vernets pour obtenir de quoi tenir.

    Environ 1300 colis ont été distribués – ceux qui n’ont pas pu être servis recevront des bons d’achat alimentaire. Quelques articles hygiéniques, du riz, des pâtes, du sucre, de l’huile, une boîte de thon et deux boîtes de sauce tomate. Le strict minimum.

    Une opération exceptionnelle de par son ampleur, qui n’aurait pu avoir lieu sans l’impulsion de l’association la Caravane de solidarité et sa soixantaine de bénévoles mobilisés vendredi et samedi ainsi qu’aux dons de privés qui ont afflué tout le week-end. Une distribution alimentaire à laquelle les Genevois devront peut-être s’habituer. Il y a un mois, la femme à l’origine de cette organisation – elle souhaite garder l’anonymat, marquée par l’arrestation qu’elle a subie il y a quinze jours (notre édition du 20 avril) – préparait 150 colis avec son mari. Depuis, la hausse est exponentielle: environ 800 sacs la semaine dernière, 1370 samedi.

    «Sous le radar»
    De rebelle, l’association est devenue partenaire et a obtenu le soutien de la Ville de Genève et des acteurs sociaux institutionnels. La distribution de samedi s’est donc faite en collaboration avec le Centre social protestant, les pompiers volontaires de la Ville pour les aspects logistiques, Médecins sans frontières pour le concept sanitaire et enfin les Colis du cœur et la fondation Partage pour la nourriture et les bons. Les Hôpitaux universitaires, eux aussi, étaient présents et proposaient un accès aux soins. Les services sociaux de la Ville de Genève étaient là également afin d’orienter les personnes qui en auraient besoin vers des dispositifs moins ponctuels.

    «Cette crise a révélé une précarité invisible, sous le radar des institutions. Celle de familles qui s’en sortaient juste-juste et qui ont soudainement basculé dans la pauvreté», explique Alain Bolle, directeur du Centre social protestant. Selon lui, ces familles qui vivotaient et qui ont perdu brutalement leurs revenus sont avant tout des personnes en situation irrégulière. «On ne peut pas parler de cette situation sans évoquer Papyrus (l’opération genevoise de régularisation des personnes sans-papiers, ndlr). On en a régularisé plus de 2000, leur nombre total est estimé à environ 10 000. On a donc 8000 personnes qui théoriquement n’ont droit à aucune aide et qui ont subi de plein fouet le ralentissement économique.»

    Explosion des demandes
    Les chiffres des Colis du cœur tendent à confirmer les constatations du directeur du CSP. Selon le dernier comptage jeudi, il y a 7465 personnes qui ont recours à leurs bons alimentaires. «Il y en avait moins de 4000 au tout début de la crise. Désormais, c’est environ 500 nouvelles personnes qui s’enregistrent toutes les semaines», assure Alain Bolle. Une situation qui paraît hors de contrôle. Les Colis du cœur n’excluent pas que le nombre de bénéficiaires augmente encore de 2000 à 3000 nouvelles personnes. «Plus la crise se prolongera, plus il y aura du monde», prévient Christophe Jakob, membre de la Caravane de solidarité.

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