Alexis de Tocqueville

Je regarde comme impie et détestable cette maxime, qu’en matière de gouvernement la majorité d’un peuple a le droit de tout faire. Qu’est-ce donc qu’une majorité prise collectivement, sinon un individu qui a des opinions et le plus souvent des intérêts contraires à un autre individu qu’on nomme la minorité ? Or, si vous admettez qu’un homme revêtu de la toute-puissance peut en abuser contre ses adversaires, pourquoi n’admettez-vous pas la même chose pour une majorité ? Les hommes en se réunissant, ont-ils changé de caractère ? Sont-ils devenus plus patients dans les obstacles en devenant plus forts ? Pour moi, je ne saurais le croire ; et le pouvoir de tout faire, que je refuse à un seul de mes semblables, je ne l’accorderai jamais à plusieurs.

7 thoughts on “Alexis de Tocqueville

  1. shinichi Post author

    De La Démocratie en Amérique

    Alexis de Tocqueville

    (1835, 1840)

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    Il y a en effet une passion mâle et légitime pour l’égalité qui excite les hommes à vouloir être tous forts et estimés. Cette passion tend à élever les petits au rang des grands ; mais il se rencontre aussi dans le cœur humain un goût dépravé pour l’égalité, qui porte les faibles à vouloir attirer les forts à leur niveau, et qui réduit les hommes à préférer l’égalité dans la servitude à l’inégalité dans la liberté.

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    Armé du bras droit de déclarer les lois inconstitutionnelles, le magistrat américain pénètre sans cesse dans les affaires politiques. Il ne peut pas forcer le peuple à faire des lois, mais du moins il le contraint à ne point être infidèle à ses propres lois et à rester d’accord avec lui-même.

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    Après avoir pris ainsi tour à tour dans ses puissantes mains chaque individu, et l’avoir pétri à sa guise, le souverain étend ses bras sur la société tout entière; il en couvre la surface d’un réseau de petites règles compliquées, minutieuses et uniformes, à travers lesquelles les esprits les plus originaux et les âmes les plus vigoureuses ne sauraient faire jour pour dépasser la foule; il ne brise pas les volontés, mais il les amollit, les plie et les dirige; il force rarement d’agir, mais il s’oppose sans cesse à ce qu’on agisse; il ne détruit point, il empêche de naître; il ne tyrannise point, il gêne, il comprime, il énerve, il éteint, il hébète, et il réduit enfin chaque nation à n’être plus qu’un troupeau d’animaux timides et industrieux, dont le gouvernement est le berger.

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    Nos contemporains sont incessamment travaillés par deux passions ennemies : ils sentent le besoin d’être conduits et l’envie de rester libres. Ne pouvant détruire ni l’un ni l’autre de ces instincts contraires, ils s’efforcent de les satisfaire à la fois tous les deux. Ils imaginent un pouvoir unique, tutélaire, tout-puissant, mais élu par les citoyens. Ils combinent la centralisation et la souveraineté du peuple. Cela leur donne quelque relâche. Ils se consolent d’être en tutelle, en songeant qu’ils ont eux-mêmes choisi leurs tuteurs.

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    Je regarde comme impie et détestable cette maxime, qu’en matière de gouvernement la majorité d’un peuple a le droit de tout faire. Qu’est-ce donc qu’une majorité prise collectivement, sinon un individu qui a des opinions et le plus souvent des intérêts contraires à un autre individu qu’on nomme la minorité ? Or, si vous admettez qu’un homme revêtu de la toute-puissance peut en abuser contre ses adversaires, pourquoi n’admettez-vous pas la même chose pour une majorité ? Les hommes en se réunissant, ont-ils changé de caractère ? Sont-ils devenus plus patients dans les obstacles en devenant plus forts ? Pour moi, je ne saurais le croire ; et le pouvoir de tout faire, que je refuse à un seul de mes semblables, je ne l’accorderai jamais à plusieurs.

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    Cet État se veut si bienveillant envers ses citoyens qu’il entend se substituer à eux dans l’organisation de leur propre vie. Ira-t-il jusqu’à les empêcher de vivre pour mieux les protéger d’eux-mêmes ? Le plus grand soin d’un bon gouvernement devrait être d’habituer peu à peu les peuples à se passer de lui.


    アメリカの民主政治

    『アメリカの民主政治』(仏: De la démocratie en Amérique、全2巻、第1巻は1835年、第2巻は1840年)はアレクシ・ド・トクヴィルが1830年代のアメリカの強さ・弱さについてフランス語で書いた古典的著書。原著の題名の逐語訳は『アメリカの民主制について』だが、通常は『アメリカの民主政治』と訳されている。本書はアメリカの民主制についての古典的説明とみなされており、重要な参考文献としてずっと利用され続けている。

    トクヴィルのアメリカ視察

    フランス政府は1831年、25歳のトクヴィルとGustave de Beaumontを、アメリカの刑務所制度を研究させるためにアメリカに派遣した。彼らは同年5月にニューヨーク市に到着し、9ヶ月間アメリカを旅して過ごした。この間、彼らは刑務所についてだけではなく、アメリカの経済・政治体制を含む同国社会のあらゆる側面についてノートをとった。二人はまたカナダを訪問して、1831年の夏に当時のローワー・カナダ(現在のケベック州)とアッパー・カナダ(現在のオンタリオ州)で数日間すごした。

    彼らは1832年2月にフランスに帰国したあと、1833年に “Du système pénitentiaire aux États-Unis et de son application en France” という題の自分らのレポートを提出した。Beaumontはほどなくアメリカにおける人種間関係についての小説を書いた。

    内容

    『アメリカの民主政治』は「他の多くの場所では失敗している共和制の議会制民主主義が、なぜアメリカでは上手くいっているのか」の分析に主な焦点を当てている。彼はアメリカの民主制にある有効な諸特徴を、自分の故国フランスにおける民主制に含まれる数々の失敗と自分が見なしていることに適用しようと努めている。また、トクヴィルはアメリカの民主制の将来について推測し、民主制にとって脅威となる可能性のあることや民主制が危険なものとなる可能性について論じている。これらの脅威や危険についての見解には「民主制には「ソフトな専制政治 (soft despotism) 」へと悪化する傾向があるだけではなく、多数派の専制を生み出す危険性もある」という彼の信念が含まれる。「宗教がアメリカで強力な役割を果たしていることは政教分離に起因していて、全政党がその分離を好ましく思っている」ことを彼は観察した。彼はこのこととフランスの事情を照らし合わせたわけだが、フランスには民主主義者たちと信心家たちの対立があり、彼はこの対立が有害であると考えた。彼はこの対立を教会と政府のつながりと関連づけている。

    重要性

    『アメリカの民主政治』は19世紀に数多くの版で出版された。本書はヨーロッパとアメリカの両方でたちどころに評判になり、20世紀までには政治学・社会学・歴史学の古典的著書となった。本書はよく政治学・社会学を専攻する学部生に対して課題図書に指定される。トクヴィルの著書は、後に正しいことが実証される数多くの予測をしていることでしばしば高く評価される。トクヴィルは奴隷制度廃止をめぐる論争が(実際に南北戦争でそうなったように)アメリカを分裂させる可能性を正しく予測した。他方でアメリカのどの州でも独立を宣言できるだろうと彼は予測した。彼はアメリカとロシアがライバルの超大国として台頭することも予測した(両国は実際に、ロシアはソ連の一部として、第二次世界大戦後に米ソ二大国による冷戦体制となった)。

    アメリカの民主制には

    • 世論による専制政治
    • 多数派による暴政
    • 知的自由の欠如

    といった形で悪化する可能性があると考えられている。そしてこれらは政権の評判を落とし、政治家の資質、学問、そして文学を最低のレベルに落とすと彼は考えている。

    『アメリカの民主政治』は党派根性が凶暴になることや、賢人の判断が無知な者の偏見よりも下位に置かれることを予測した。

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  2. shinichi Post author

    L’Ancien Régime et la Révolution

    Alexis de Tocqueville

    (1856)

    Une nation fatiguée de longs débats consent volontiers qu’on la dupe, pourvu qu’on la repose, et l’histoire nous apprend qu’il suffit alors pour la contenter de ramasser dans tout le pays un certain nombre d’hommes obscurs ou dépendants, et de leur faire jouer devant elle le rôle d’une assemblée politique, moyennant salaire.

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  3. shinichi Post author

    Le despotisme démocratique (民主主義が生み出す専制・独裁政治)

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    La concentration des pouvoirs et la servitude individuelle croîtront donc, chez les nations démocratiques, non seulement en proportion de l’égalité, mais en raison de l’ignorance.


    C’est dans le renoncement à la liberté que se trouve le danger majeur pour la société démocratique. Le premier risque est celui de la tyrannie de la majorité : la démocratie se caractérise par la règle de la majorité qui veut que, par le vote, la décision soit celle du plus grand nombre. Tocqueville relève que la démocratie comporte le risque d’une toute-puissance de la majorité. Parce qu’il s’exerce au nom du principe démocratique, un pouvoir peut s’avérer oppressif à l’égard de la minorité qui a nécessairement tort puisqu’elle est minoritaire. Il est évident que le vote traduit des divergences d’intérêt et de convictions au sein de la société. Il peut ainsi se faire que la poursuite de l’égalité s’exerce au détriment exclusif d’une partie de la population. Selon Tocqueville la démocratie engendrerait le conformisme des opinions dans la société à cause de la moyennisation de la société. Ainsi il dénonce l’absence d’indépendance d’esprit et de liberté de discussion en Amérique45. Quand toutes les opinions sont égales et que c’est celle du plus grand nombre qui prévaut, c’est la liberté de l’esprit qui est menacée avec toutes les conséquences qu’on peut imaginer pour ce qui est de l’exercice effectif des droits politiques. La puissance de la majorité et l’absence de recul critique des individus ouvrent la voie au danger majeur qui guette les sociétés démocratiques : le despotisme.

    C’est le deuxième risque des sociétés démocratiques selon Tocqueville. Les hommes démocratiques sont dominés par deux passions : celles de l’égalité et du bien-être. Ils sont prêts à s’abandonner à un pouvoir qui leur garantirait de satisfaire l’un et l’autre même au prix de l’abandon de la liberté. Les hommes pourraient être conduits à renoncer à exercer leur liberté pour profiter de l’égalité et du bien-être. Les individus pourraient remettre de plus en plus de prérogatives à l’État. Dans les sociétés démocratiques, il est plus simple de s’en remettre à l’État pour assurer une extension de l’égalité des conditions dans le domaine politique qui est encadré par les lois. C’est l’État qui a pour charge leur élaboration et leur mise en œuvre. À partir de là, l’État peut progressivement mettre les individus à l’écart des affaires publiques. Il peut étendre sans cesse les règles qui encadrent la vie sociale. Le despotisme prend la forme d’un contrôle. On arrive ainsi à l’égalité sans la liberté.

    La société démocratique transforme le lien social en faisant émerger un individu autonome. C’est une source de fragilisation qui peut déboucher sur une attitude de repli sur soi. Tocqueville va montrer que l’individualisme peut naître de la démocratie. La démocratie brise les liens de dépendance entre individus et entretient l’espérance raisonnable d’une élévation du bien-être ce qui permet à chaque individu ou à chaque famille restreinte de ne pas avoir à compter sur autrui. Il devient parfaitement possible pour son existence privée de s’en tenir aux siens et à ses proches.

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  4. shinichi Post author

    La liberté n’existe pas sans morale, ni la morale sans foi.

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    Les Français comptent toujours, pour se sauver, en un pouvoir qu’ils détestent, mais se sauver par eux-mêmes est la dernière chose à laquelle ils pensent.

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    Quand le passé n’éclaire plus l’avenir, l’esprit marche dans les ténèbres.

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    Les peuples démocratiques ont un goût naturel pour l’égalité. Ils la veulent dans la liberté et, s’ils ne peuvent l’obtenir, ils la veulent encore dans l’esclavage.

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    La passé n’éclairant plus l’avenir, l’esprit marche dans les ténèbres.

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    Il y a plus de lumière et de sagesse dans beaucoup d’hommes réunis que dans un seul.

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    L’histoire est une galerie de tableaux où il y a peu d’originaux et beaucoup de copies.

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    Les tyrans ne sont grands que parce que nous sommes à genoux.

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    L’éducation, aussi bien que la charité, est devenue, chez la plupart des peuples de nos jours, une affaire nationale. L’État reçoit et souvent prend l’enfant des bras de sa mère pour le confier à ses agents ; c’est lui qui se charge d’inspirer à chaque génération des sentiments, et de lui fournir des idées. L’uniformité règne dans les études comme dans tout le reste ; la diversité, comme la liberté en disparaissent chaque jour.

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    L’esclave est un serviteur qui ne discute point et se soumet à tout sans murmure. Quelquefois il assassine son maître mais il ne lui résiste jamais.

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    Le goût de la fonction publique et le désir de vivre de l’impôt est la grande et permanente infirmité de la France.

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    Les Français veulent l’égalité, et quand ils ne la trouvent pas dans la liberté, ils la souhaitent dans l’esclavage.

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    Qui cherche dans la liberté autre chose qu’elle-même est fait pour servir.

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    Dans les démocraties, chaque génération est un peuple nouveau.

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    Il ne faut pas mépriser l’homme si l’on veut obtenir des autres et de soi de grands efforts.

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    En politique, ce qu’il y a souvent de plus difficile à apprécier et à comprendre, c’est ce qui se passe sous nos yeux.

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    La démocratie étend la sphère de l’indépendance individuelle, le socialisme la resserre. La démocratie donne toute sa valeur possible à chaque homme, le socialisme fait de chaque homme un agent, un instrument, un chiffre. La démocratie et le socialisme ne se tiennent que par un mot, l’égalité; mais remarquez la différence: la démocratie veut l’égalité dans la liberté et le socialisme veut l’égalité dans la gène et dans la servitude.

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    Il n’y a que Dieu qui puisse sans danger être tout-puissant.

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    Ce que le vulgaire appelle du temps perdu est bien souvent du temps gagné.

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    Le moment le plus dangereux pour un mauvais gouvernement est d’ordinaire celui où il commence à se réformer.

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    Pourquoi la règle qui est applicable à un homme ne le serait-elle pas également à tous les autres ?

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    En politique, la communauté des haines fait presque toujours le fond des amitiés.

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    Si quelqu’un me montrait entre l’indépendance complète et l’asservissement entier de la pensée une position intermédiaire où je puisse espérer me tenir, je m’y établirais peut-être ; mais qui découvrira cette position intermédiaire ?

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    Les despotes eux-mêmes ne nient pas que la liberté ne soit excellente ; seulement ils ne la veulent que pour eux-mêmes, et ils soutiennent que tous les autres en sont indignes tout à fait.

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    Les grands hommes se passionnent pour les petites choses, quand les grandes viennent à leur manquer.

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    Le plus grand soin d’un bon gouvernement devrait être d’habituer peu à peu les peuples à se passer de lui.

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    Quelle triste chose que sur toute la terre les gouvernements soient toujours précisément aussi coquins que les moeurs de leurs sujets peuvent leur permettre de l’être.

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    Cette même égalité qui rend l’individu indépendant de chacun de ses concitoyens en particulier le livre isolé et sans défense à l’action du plus grand nombre.

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    Les hommes ne sauraient jouir de la liberté politique sans l’acheter par quelques sacrifices, et ils ne s’en emparent jamais qu’avec beaucoup d’efforts.

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  5. shinichi Post author

    アレクシ・ド・トクヴィル

    https://ja.wikipedia.org/wiki/アレクシ・ド・トクヴィル

    アレクシ・ド・トクヴィル(Alexis de Tocqueville、1805年 – 1859年)は、フランス人の政治思想家・法律家・政治家。裁判官からキャリアをスタートさせ、国会議員から外務大臣まで務め、3つの国権(司法・行政・立法)全てに携わった。

    パリ出身。生家はノルマンディー地方の貴族で軍人・大地主という由緒ある家柄だったものの、フランス革命の際に親戚が多数処刑されたことから、リベラル思想について研究を行っていた。その後ジャクソン大統領時代のアメリカに渡り、諸地方を見聞しては自由・平等を追求する新たな価値観をもとに生きる人々の様子を克明に記述した(後の『アメリカのデモクラシー』)。

    30歳の時、家族の反対を押し切り、英国人でフランスに移民した平民階級の3歳年上の女性メアリー・モトレーと結婚。1848年の二月革命の際には革命政府の議員となり、更に翌年にはバロー内閣の外相として対外問題の解決に尽力した。彼の政治的手腕はなかなか鮮やかなものであったが、1851年、ルイ=ナポレオン(後のナポレオン3世)のクーデターに巻き込まれて逮捕され、政界を退くことになる。その後は著述及び研究に没頭する日々を送り、二月革命期を描いた『回想録』と『旧体制と大革命』を残し、1859年に母国フランスで肺結核のため54歳の生涯を終えた。フランスが誇る歴史家・知識人である。

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  6. shinichi Post author

    「平等と専制が結合することになれば、心情と知性の一般的水準は低下の一途をたどるだろう」

    「生きて活動し生産するものは全て、どんなに新しく見えても、新しさの背後には古い起源を有しているものである」

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  7. shinichi Post author

    内田樹
    https://kushima38.kagoyacloud.com/?p=61358

    米中の政治システムを比較してみると、まず中国は一党独裁で、血みどろの権力闘争に勝ち残った人間がトップになる。実力主義の競争ですから、無能な人間がトップになることはまずない。それに対してアメリカの有権者は必ずしも有能な統治者を求めていない。アレクシス・ド・トクヴィルが洞察した通り、アメリカの有権者は自分たちと知性・徳性において同程度の人間に親近感を覚える。だからトランプのような愚鈍で徳性に欠けた人間が大統領に選ばれるリスクがある。トクヴィルの訪米の時のアメリカ大統領はアンドリュー・ジャクソンでインディアンの虐殺以外に見るべき功績のない凡庸な軍人でしたが、アメリカの有権者は彼を二度大統領に選びました。さいわいなことに、これが中国だったら致命的なことになりますが、アメリカは連邦制と三権分立がしっかり機能しているので、どれほど愚鈍な大統領でも、統治機構に致命的な傷を与えることはできない。
    少なくとも現時点では、アメリカン・デモクラシーよりも、中国的独裁制の方が成功しているように見える。欧州や日本でも、コロナに懲りて、「民主制を制限すべきだ」と言い出す人が必ず出てきます。

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