Fukui Hisashi (福井寧)

N’étant pas poète, je l’apprécie surtout comme un écrivain du journal intime, dont la précision et la simplicité sont exceptionnelles dans le paysage de la littérature japonaise. C’est dommage qu’on ne traduise pas ses proses en français.

Kaki柿食へば鐘が鳴るなり法隆寺
             子規
Kaki kué-ba, kané-ga naru-nari. Hôryûji
             Shiki
 
Croquant un kaki,
      la cloche résonne
            Hôryûji

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3 Responses to Fukui Hisashi (福井寧)

  1. shinichi says:

    Explication d’un haïku

    par Fukui Hisashi

    http://fisaxij2.blogspot.fr/2008/01/explication-dun-haku.html

    柿食へば鐘が鳴るなり法隆寺

    子規

    Le haïku de Masaoka Shiki (1867-1902) “Kaki kué-ba, kané-ga naru-nari. Hôryûji” est considéré comme l’aboutissement du haïku moderne. La traduction en français est ainsi: “Croquant un kaki, la cloche résonne – Hôryûji.” Pourquoi ce court poème est-il la perfection de ce genre littéraire? J’ai jeté un oeil à un blog en anglais qui énumère les traductions de ce haïku, mais la discussion est carrément hors sujet, car ils ne mettent en cause que la sémantique, mais non pas la phonétique qui est normalement des plus important de la poésie, surtout quand elle est courte. Pour moi, il s’agit de faire apprécier l’essence de ce haïku. Je ne proposerai pas une meilleure traduction. Je vous conseille de recopier le haïku pour suivre mon argument.

    D’abord, je donne les sens de ces mots. Kaki – le kaki (fruit); kué – le mode “parfait” du verbe kuu (manger); ba – particule pour la conséquence; kané – la cloche; ga – particule pour le cas sujet; naru – le mode indicatif du verbe naru (sonner); nari – “verbe auxiliaire” (particule en tant que fonction grammaticale) qui montre l’émotion (Ah!); Hôryûji – le temple le plus ancien et le plus représentatif de la ville de Nara, la capitale du huitième siècle qui a connu la floraison des architectures bouddhiques. (La voyelle u du japonais se situe quelque part entre u, ou, eu, e français.) Le mode “parfait” a désormais disparu de la langue japonaise, et il doit être traduit comme “dès que” par exemple. Il ne faut pas le confondre avec la forme moderne de l’hypothétique “si”. Une traduction littérale de ce haïku peut être donc : “Dès que j’ai mangé un kaki, ah, la cloche sonne au temple Hôryûji.

    Il n’est pas si difficile d’apprécier ce chef-d’oeuvre, même si vous ne parlez pas japonais. Ce haïku commence par la succession de la consonne k: kakiku. Ce son dur veut suggérer que le fruit n’est pas encore mûr, par l’ajout d’un autre k après le nom du fruit. Et le passage de la voyelle a jusqu’au u en passant par le i, montre le mouvement de la bouche qui “croque” le kaki. Pour ceux qui ne connaissent que le kaki dégoulinant, le verbe peut être étonnant, mais je pense que ce mot français a bien sa place dans cette traduction, alors que le verbe japonais kuu n’est qu’un verbe neutre pour “manger” en vérité.

    Après la consonne b qui montre la fermeture momentanée de la bouche, le poète va donner un coup de dent encore une fois. Mais cette consonne k du mot kaki passe immédiatement au même son k de la cloche kané. C’est désormais cette résonnance métallique qui attire l’attention du haïjin (poète de haïku). La consonne n qui apparaît dans ce mot kané est repris par le prochain mot naru-nari. Dès le premier son de la cloche, Shiki regarde la cloche qui se trouve loin de lui. (Il ne faut pas oublier non plus que la consonne g qui ne se trouve pas au début du mot est nasale en japonais, comme le mot sing en anglais. Elle est assez proche du n.)

    Cette fois-ci, je voudrais que vous imaginiez le bonze dans votre tête. Il porte une longue corde dans ses mains, pour donner des coups de marteau de bois à la vieille cloche. Il tire le marteau vers son arrière, et la corde dessine une grande courbe. Ce mouvement lent est évoqué par l’alternance des consonnes linguales et liquides, n et r de naru-nari. Shiki aurait bien pu répéter le verbe naru (kané-ga naru naru), mais le haïku serait complètement banal dans cas : la cloche sonne, sonneeee…

    Maintenant, le poète écoute attentivement le son traînant de la cloche. Toutes les deux voyelles o et u dans le nom du temple Hôryûji sont longues, et elles sont comptées respectivement pour deux syllabes. Donc le mot Hôryûji a bien cinq syllabes (2-2-1). La voyelle courte i, guère prononcée, finit ce poème sans trop gâter le lecteur avec la voyelle longue.

    Ce haïku est déjà étonnant avec cette phonétique, mais ce n’est pas tout. Les Japonais localisent facilement Hôryûji dans la ville de Nara, mais ce nom n’est pas indiqué dans ce haïku en apparence. Mais le mot naru-nari répète la sonorité du nom de l’ancienne capitale.

    Et puis, ceux qui connaissent ce que c’est que le haïku doivent savoir que ce poème doit évoquer une saison. Le mot kaki n’est pas mûr ici. Cela veut dire que c’est le début d’automne, où il fait toujours chaud à Nara qui se trouve dans une cuvette (la ville se trouve loin de la mer, et Nara est également le nom du bassin). Et Shiki, connu pour ses proses sur le bienfait des fruits pour la santé, désaltère sa soif avec le kaki dur qui n’est pas encore sucré.

    Shiki (c’est son nom de haïjin, tandis que Masaoka est son nom de famille), qui était le meilleur ami de Soséki, a perfectionné le haïku moderne. Il a voulu “croquer” la nature avec ce court poème, sans l’altérer avec la subjectivité. N’étant pas poète, je l’apprécie surtout comme un écrivain du journal intime, dont la précision et la simplicité sont exceptionnelles dans le paysage de la littérature japonaise. C’est dommage qu’on ne traduise pas ses proses en français.

  2. shinichi says:

    photo by 花鹿男

    柿食えば鐘が鳴るなり法隆寺

    by 花鹿男

    http://hanasika.blog37.fc2.com/blog-entry-309.html

    奈良も随分秋らしくなってきました
    とはいえ朝夕だけで昼間は相変わらず20℃超えですが・・・

    さて本題、古都奈良の秋をを思い浮かべる句として有名なのは
    やはり正岡子規が詠んだ「柿食えば 鐘が鳴るなり 法隆寺」でしょう。
    ちょうど奈良では今、柿がたわわに実をつけています

    今日はこの句についてうんちくを・・・

    当然の如く子規が奈良へ旅行に訪れた際、法隆寺に立ち寄り
    境内にある茶店で柿を食べている際に時を知らせる鐘が鳴り
    その時に詠まれた句とされているのが王道なのですが・・・

    明治34年に出版された俳誌「ホトトギス」によれば
    子規が松山から東京へ向かう途中で寄り道したのが古都奈良でも
    現在の奈良市中心部であり泊まったのは対山楼と記されています

    対山楼は今は天平倶楽部という料理店の一角になっていますが
    現在では子規の庭として整備され句碑が立っています。

    この対山楼で夕食後、子規が女中さんに柿を所望したそうです。
    その時に遠くの方から鐘の鳴る音が聞こえた・・・
    対山楼から聞こえる鐘は、その近くにある東大寺の鐘楼の音と
    推測されます。
    きっと柿を剥く女中さんが障子をあけて東大寺の遠景を
    見せてくれた時にこの句を考えついたのではないかと言われています

    ということになると句の最後は法隆寺ではなく東大寺?って
    事になりますが、東大寺は絢爛豪華であり
    柿の持つ素朴さは法隆寺向きとのことで、推敲して換えたのです。
    俳句の持つ独特な世界感ですねえ~

    子規は、このときの女中が忘れられず
    後年「柿に思ふ奈良の旅籠の下女の顔」という句も詠んでいます。
    女性関係のエピソードの少ない子規には珍しい話として伝わっています。

    どうやらこちらの説の方が現実味があるように思えませんか?

    そして「柿食うも今年ばかりと思いけり」というのが亡くなる1年前の句。
    こうして考えると子規は相当の柿好きだったと考えられますね!

    ということで今後は
    「柿食えば 鐘が鳴るなり 東大寺」という事で・・・

  3. shinichi says:

    (sk)

    Fukui Hisashi の説明は本当に素晴らしい。花鹿男のうんちくも、そして写真も、とてもいい。

    世の中には、素晴らしい人がたくさんいる。

    Merci, Bernard.

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